Colloques humanisme et religion

       

HUMANISMES ET RELIGIONS


           
 

Quels enjeux éducatifs ?
Ou comment replacer l’humain au cœur de l’éducation

   
  Les 5 et 6 octobre derniers, nous avons eu le plaisir d’organiser, ISFEC (Institut Supérieur de Formation de l’Enseignement Catholique) et ICM (Institut Catholique de la Méditerranée), un Colloque « Humanismes et Religions : quels enjeux éducatifs ? » à la Villa Méditerranée, lieu prestigieux de Marseille, qui jouxte le MUCEM, notre beau musée national.
Parmi les participants, de nombreux étudiants en Master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’éducation et de la Formation) 1er et 2nd degrés de l’ISFEC et les membres du séminaire Humanismes et Religion venant de plusieurs pays européens et méditerranéens (programme Maison de la Sagesse).

   
       
 

Pourquoi un tel colloque ? Conférence inaugurale

   
 

Dans un monde globalisé où la pluralité des croyances, des références philosophiques, des traditions, marque les sociétés méditerranéennes, les défis éducatifs sont les premiers défis à relever. Ainsi, nous pourrons dissiper les malentendus, éviter les replis et apprendre à nous comprendre.
C’est dans cette dynamique que sont intervenus au cours de la conférence inaugurale : madame Valentine Zuber, spécialiste de la laïcité, directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris, titulaire de la chaire de « Religions et relations internationales », Monsieur Mohamed Sghir Janjar, anthropologue, directeur-adjoint de la Fondation du Roi Abdul-Aziz pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines de Casablanca et le père Christian Salenson, théologien, ancien directeur de l’ISTR (Institut de Science et Théologie des Religions).


Leurs interventions peuvent être résumées par ces trois métaphores :


La première, celle du chemin que l’on trace, pour avancer, mais aussi celle du chemin que l’on arpente, non sans embûches. Valentine Zuber, après avoir présenté toutes les avancées et réflexions de différents colloques et séminaires menées dans le cadre l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, nous a mis en garde sur la manière dont était enseigné le fait religieux dans le système scolaire. Entre ruptures et raccourcis, passant sans transition de la seule description du début des religions monothéistes aux guerres de religion, puis insistant sur la Shoah et stigmatisant l’Islam comme source de problèmes.


La deuxième, celle de l’écartèlement, non pas à quatre mais à deux. Mohamed Sghir Janjar constatait que dans les différentes sociétés de la rive sud, deux mondes ne parvenaient pas à communiquer. D’un côté pour les partisans des sciences modernes, humanistes, la religion n’exclut pas, bien au contraire, la littérature, la philosophie, les langues. De l’autre, les partisans des sciences du religieux, réservés sur les temps modernes, représentent une élite traditionnelle avec qui la rencontre et le dialogue sont parfois difficiles. Mohamed Sghir Janjar prône une sensibilité esthétique au monde devant engendrer une nouvelle pensée musulmane.


La troisième, celle de l’Espérance, sous forme de défis à relever. Christian Salenson a mis en lumière quatre défis : celui de l’éducation, dont la lourde tâche est d’assurer l’équilibre entre philosophie, science et théologie ; celui de la mixité qui doit aller au-delà d’une réalité faite de déséquilibres, celui de l’humanisme qui doit faire face à trois obstacles majeurs : le rejet de l’expérience religieuse dans le privé, le relativisme qui évite toute évolution du religieux, et l’« assimilationnisme » beau néologisme pour dire que le but poursuivi est de faire renoncer l’autre, celui qui n’est pas de la même religion que soi. Et pour finir, le défi de l’écologie pour faire de l’homme un jardinier et non un exploitant de la terre.

   
       
 

Quels enjeux éducatifs ?  Quatre tables rondes

   
 

Les tables rondes permettaient de réfléchir aux quatre enjeux éducatifs suivants :

Épistémologie et rationalités : débat entre deux philosophes : Alain Beitone et Xavier Manzano

Pendant très longtemps en Occident, la capacité de connaissance de l’être humain, sa rationalité, a été de plus en plus identifiée au modèle des sciences mathématiques ou physiques. La raison ne peut-elle s’exercer et s’épanouir que dans ce modèle ? Doit-on parler de rationalité au singulier ou de rationalités multiples, y compris à l’intérieur d’un même être humain ?

Deux enjeux éducatifs majeurs :

o    former à une éthique de la discussion ; recourir à une argumentation rationnelle et éviter le débat d’opinion.
o    mettre en œuvre une capacité de jugement qui suppose une certaine distance par rapport à la réalité ; donner place à l’ampleur du questionnement humain, faire communiquer les différentes formes de rationalités (interdisciplinarité).

Un débat autour du rôle de l’enseignant : instructeur ou régulateur ?


Foi et raison – Thierry Magnin (scientifique, prêtre et recteur de l’université catholique de Lyon) / Selami Varlik (enseignant en philosophie à l’université 29 Mayis d’Istanbul)


On oppose volontiers la foi et la raison, sans nécessairement les exclure toujours. Mais cette opposition laisse à penser que la foi crée un ordre n’ayant rien à voir avec la raison humaine. La religion a-t-elle une raison ? L’exercice rigoureux et critique de la raison peut-il s’envisager à l’intérieur de la confession d’une foi religieuse ? La religion peut-elle être une offre de progrès pour la raison et son interrogation ?

Deux enjeux éducatifs majeurs :

o    Aller au-delà du « pseudo-scientifique », penser la complexité du monde et y situer l’homme avec humilité.
o    Comprendre un texte, c’est accepter de se laisser changer par lui.

Deux questionnements :
o    Comment articuler sans confondre mystique et rationnel ?
o    La connaissance est-elle un « copier-coller » ou une maïeutique ?


Utilitarisme et contemplation – Philippe Markiewicz (moine, rédacteur en chef de la revue Arts sacrés) / Manoël Pénicaud, anthropologue, commissaire de l’exposition « Lieux saint partagés » au MUCEM)

Concevoir la vie humaine en termes d’efficience conduit à penser la formation et l’enseignement selon des critères d’utilité et en vue de l’acquisition de compétences. Mais l’interrogation profonde de l’être humain se limite-t-elle à ce champ ? En ce sens, dans l’éducation quelle place à l’utile et à la prise de conscience d’une gratuité de l’existence, base de toute contemplation véritable ?

Deux enjeux éducatifs majeurs :

o    Dans notre société, mettre en commun ce qui est le plus élevé pour l’homme, la dimension spirituelle.
o    Faire partager un savoir au plus grand nombre, éduquer à l’altérité.

Deux questionnements :

o    Ne faut-il pas inventer de nouvelles formes alternatives de l’enseignement du fait religieux?
o    Comment permettre de découvrir les arts sacrés pour témoigner du « beau visage » des religions ?


Transmission et tradition – Xavier Manzano en remplacement d’Émilie Maggi (chargée de cours à l’ISFEC) / Yelins Mahtat (chargé de cours à l’Institut al-Mowafaqa de Rabat)

Si l’enseignement vise bien à la transmission d’un savoir, d’une compétence, d’une technique, la créativité de l’être humain semble pourtant démentir une telle impression. L’acte de transmission, en ce qu’il engage profondément celui qui transmet, ne serait-il pas en même temps transmission d’une vie ? Pour rester elle-même, la tradition doit-elle être dynamique ou bien fixe ? Transmettre un savoir et un savoir-faire implique-t-il aussi de transmettre un savoir-être et un savoir-vivre ?

Des enjeux éducatifs majeurs :

o    Pour comprendre l’autre, il faut se connaître soi-même.
o    Permettre les questions : cultiver l’étonnement et le questionnement.
o    La transmission repose sur un échange des intériorités et donc sur le témoignage comme « acte spirituel et rationnel ».



Stéphanie GENRE - Pour l'ISFEC

Christophe ROUCOU - Pour l'ICM

   
       

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